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Historique du musée

« Texte écrit par Géraud Seznec, ancien conservateur du musée du sous-officier de 2006 à 2010. »

Le musée du sous-officier ouvre ses portes le 18 décembre 1986 en présence du général Douceret, commandant l’École nationale des sous-officiers d’active (revue « Le Chevron », mars 1987, n° 43, p 53-58).

Ce dernier a véritablement porté la création de cette institution muséale désormais bien ancrée dans le paysage culturel départemental et régional.

Sa création ne doit pas faire oublier le premier musée militaire de Saint-Maixent qui était le musée du souvenir, créé par le général Michelin en 1932.

Canclaux entreeCe dernier l’installe au quartier Canclaux, bâtiments conventuels de l’abbaye de Saint-Maixent, accueillant à partir de 1877, une partie du 114e régiment d’infanterie.

Les locaux prestigieux des appartements des anciens pères abbés, avec leurs boiseries rocaille du XVIIIe siècle, forment un cadre d’exception pour le noyau de nos collections.

L’exiguïté des locaux, une muséographie dépassée conduisent le commandement à repenser le musée du souvenir.

Le départ de l’École d’application de l’infanterie (EAI) en 1967 et la volonté de dispenser les cours au quartier Coiffé, afin de limiter les déplacements des élèves, conduisent à la décision de transformer les vieux amphithéâtres de l’École militaire d’infanterie (EMI), en place depuis 1884, destinés au cours magistraux et aux examens écrits.

musee du sous officier batimentIls sont démontés, vers 1970, pour y installer le musée du souvenir, à droite, et la bibliothèque de garnison, à gauche. Celle-ci se trouvait à l’origine sous les combles de ce même bâtiment.



   Une mezzanine à deux niveaux est construite pour le musée dans le volume ainsi dégagé et le décaissement du sol permet la création d’une « crypte ». Il s’agit d’un espace dédié au souvenir des morts des écoles de Saint-Maixent depuis 1884.

   Les cryptes installées dans les « musées de tradition » de l’armée de terre datent des années 70-80, époque où l’art roman est à la mode. De plus, le terme de crypte rappelle ces lieux où les chrétiens conservaient et vénéraient les reliques des saints.

   Les plaques de marbres, apposées sur la façade et inaugurées le 11 novembre 1926, renforcent cet aspect mémoriel du lieu.

La même année, la ville de Saint-Maixent prend le nom de Saint-Maixent-l’École. Elle lie ainsi intimement sa destiné à l’école militaire.

   Le 3 mai 1926, le maréchal Foch inaugure le monument aux morts, placé au centre du quartier Marchand, face à l’actuel musée.

La fin de la présence française en Algérie en 1962 conduit au démantèlement de certains musées dont le musée de la Blidéenne, ancienne salle d’honneur du 1er régiment de tirailleurs algériens, basé à Blida.

Les nombreuses campagnes de ce régiment ont enrichi considérablement ce musée. Rapatrié à Niort, la collection arrivera à Saint-Maixent en 1964.

En 1968, une partie de cette collection partira à Montpellier lors de transfert de l’EAI (École d'Application de l'Infanterie).

La collection du musée Franchet d’Esperey d’Alger, attribué au musée de l’Armée (Paris) sera morcelée entre les musées de l’Armée de terre.

Le musée du souvenir reçu une partie de cette collection ainsi que plusieurs dépôts conséquents du musée de l’Armée (1964 – 1973 – 1986).

L’installation du musée du sous-officier en 1986 conduit au transfert de la bibliothèque dans le bâtiment de l’horloge, face au musée.

Les objets choisis retracent l’histoire des sous-officiers depuis le bas-officier d’Ancien Régime jusqu’aux sous-officiers des années quatre-vingt.

Le musée du sous-officier ne fait pas disparaître, pour autant, le musée du souvenir dont le propos et les collections traitent de l’histoire militaire locale et surtout rappellent les histoires des écoles de Saint-Maixent.

Une pièce, au rez-de-chaussée, derrière le musée du souvenir, est consacrée au 114e régiment d’infanterie, régiment de tradition des Deux-Sèvres, héritière de la salle d’honneur du régiment dissous.

   Enfin, la salle des Parrains ou Mémorial prend place sur la mezzanine au dessus du musée du sous-officier.

Il est donc difficile du parler du musée du sous-officier à cette date mais plutôt des musées militaires de Saint-Maixent-l’École.

Cet éclatement des collections, causé par une stratigraphie complexe des collections, disparaîtra, progressivement, derrière l’image unique du musée du sous-officier.

Afin de gagner en lisibilité et en cohérence, les projets qui seront élaborés à partir des années quatre-vingt-dix tendront à rassembler ces collections disparates mais racontant la même histoire militaire de la France.

Le musée vieillit. Il a fait, sans aucun doute, les frais d’une ouverture précédent de peu la prise en compte de l’environnement des objets afin de remplir la mission première d’un musée qui est de conserver les collections pour les générations futures. Il ne répondait donc plus aux normes de conservation.

Le système d’éclairage des vitrines, par exemple, a causé des dégradations irrémédiables aux pièces présentées et l’omniprésence de la moquette murale, désuète, est redoutable en matière de conservation. Elle retient la poussière et les micro-organismes, ennemis déclarés des collections.

Ce constat, les conservateurs et directeurs successifs le font et se désolent des conditions déplorables de stockage de leurs collections dans des réserves insalubres.

2004 fut donc une année charnière dans l’élaboration d’une refonte complète du musée.

Le général Godard puis le général Pecchioli, commandant l’ENSOA, très sensibilisé à ses problématiques par son expérience précédentes aux écoles de Coëtquidan, confie au lieutenant-colonel David, directeur et au lieutenant Cadeau, nouveau conservateur, le soin de rédiger le document indispensable à toute entreprise de rénovation : le projet scientifique et culturel (PSC).

Un comité scientifique est réuni composé de personnes faisant références en matière d’histoire militaire et du sous-officier en particulier.

Le document, rédigé avec l’aide précieuse du conseiller musées de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Marie-Françoise Gérard, est la base qui conditionne la suite et la réussite du projet.

Nommé conservateur à l’été 2006 afin de mener cette rénovation à son terme, j’ai entrepris de mener l’indispensable chantier des collections.

Celui-ci consistait à déménager, classer, inventorier, documenter, stocker les pièces du musée. Ce travail fastidieux, qui se poursuivra jusqu’à la réouverture du musée, assure, grâce à la rédaction d’un inventaire juridique, la protection des collections.

Cette connaissance approfondie est indispensable afin de programmer les restaurations à entreprendre avant la réouverture.

Les sommes très importantes nous obligent à mener une politique dynamique de recherche de mécénat.Le Conseil Régional et le Conseil Général ont financé les études de programmation qui ont été confiées au cabinet MCCO de Madame Catherine Seurat. L’équipe du musée a travaillé, durant un an et demi, en étroite collaboration avec ce cabinet.

Le résultat de ce travail est la rédaction du programme architectural et technique (PAT), validé par le Direction régional de Génie (DRG) et le programme muséographique reconnu de grande qualité par le musée de l’Armée, référent scientifique des musées de l’Armée de terre.

La grande difficulté d’un tel projet de modernisation réside dans la fermeture prolongée d’une institution qui répond notamment à de nombreuses missions dans le cadre de la formation des élèves de l’ENSOA (visites, veillée au drapeau).

Le maintien d’une politique d’expositions temporaires, l’accueil de nombreux groupes et la mise en place d’une exposition de préfiguration permettent de maintenir le lien entre le musée, les élèves et l’ensemble de nos visiteurs.

   L’association du musée « Les amis du musée - Le Chevron » apporte, à chaque instant, son soutien financier et humain, dans la mesure de ses moyens, avec beaucoup d’énergie et de disponibilité.

La recherche de mécénat, le suivi administratif des subventions versées pour le projet par les collectivités locales demande à ces bénévoles une grande disponibilité.

L’Education nationale a suivi et accompagné les différents projets du musée avec constance.

Un accent particulier a donc été mis sur la communication et sur la mise en place de partenariats et d’échanges.

La réalisation de cintres rembourrés par l’atelier couture de l’IME (Institut Médico-Éducatif)de Villaine et l’accueil des « Cadets de la défense » rentrent dans cette démarche d’ouverture du musée sur le monde civil et lui permet d’ouvrir ses portes à de nouveaux publics.

La recherche de l’obtention des quatre labels handicaps dans le futur musée donnera un écho plus fort encore à cette volonté forte d’ouverture.

Les démarches de labellisation « Musée de France » ont commencé.

La richesse de la collection et le sérieux reconnu aux multiples chantiers menés par le musée du sous-officier nous rendent confiant et nous donnent l’énergie de poursuivre ce beau et grand projet.

L’unité et le soutien de tous autour de ce projet en fait sa force et la condition sine qua none de sa réussite.